Histoires de France

Lac du Der : les trois villages engloutis et le royaume des grues

En Champagne, entre la Marne et la Haute-Marne, le lac du Der, immense et calme, brille au milieu des forêts de chênes. Il a l'air d'avoir toujours été là. Pourtant, il n'existe que depuis…

Auteur
Steve
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9 min
Marin, penché depuis une barque, regarde des toits sous l'eau d'un lac (dessin).
Au sommaire 12 sections
  1. Paris sous l'eau : pourquoi a-t-on créé le lac du Der ?
  2. Trois villages doivent partir
  3. Le plus grand lac artificiel de France
  4. Ce qu'on a pu sauver
  5. Le royaume des grues cendrées
  6. Vrai ou légende : un clocher sort-il de l'eau ?
  7. Si tu y vas : que voir au lac du Der en famille
  8. Visiter le lac du Der avec des enfants
  9. Infos pratiques
  10. Questions fréquentes
  11. Sources
  12. À lire aussi
Timbre du secret n°9 : Lac du Der
N°9Lac du Der

La Carte aux cent secrets · secret n°9

Neuvième tampon : Lac du Der !

9 / 100 secrets tamponnés

Marin, penché depuis une barque, regarde des toits sous l'eau d'un lac (dessin).BientôtL’épisode en vidéo arrive très bientôt
La Carte aux cent secrets, épisode 9 : Lac du Der : les trois villages engloutis pour sauver Paris

En Champagne, entre la Marne et la Haute-Marne, le lac du Der, immense et calme, brille au milieu des forêts de chênes. Il a l’air d’avoir toujours été là. Pourtant, il n’existe que depuis 1974, et sous ses eaux, il y avait trois villages. Pourquoi les a-t-on recouverts ? Qu’a-t-on pu sauver ? Et pourquoi des centaines de milliers d’oiseaux s’y donnent-ils rendez-vous chaque hiver ? Voici la vraie histoire du lac du Der.

En bref

Où : le lac du Der-Chantecoq, entre la Marne et la Haute-Marne (région Grand Est), à environ 190 km de Paris et 70 km de Domrémy.

L’histoire : créé pour protéger Paris des crues, il est inauguré le 3 janvier 1974 ; trois villages ont disparu sous ses eaux.

À voir : l’église de Champaubert sur sa presqu’île, l’église en bois du Village Musée du Der, les grues cendrées d’octobre à mars.

Pour les enfants : trouver la seule île du lac, la petite colline de Chantecoq.

Paris sous l’eau : pourquoi a-t-on créé le lac du Der ?

Tout commence loin du lac, à Paris. En janvier 1910, la Seine déborde : l’eau monte dans les rues, et les Parisiens circulent en barque ou sur des passerelles de planches. En 1924, une nouvelle grande crue frappe la capitale. L’État décide alors de calmer la Seine et ses affluents, comme la Marne. L’idée est simple : retenir l’eau en amont, dans de grands réservoirs, avant qu’elle n’arrive à Paris. Un peu comme une éponge géante.

Le pays du Der est choisi. Son nom viendrait d’un vieux mot celte, « dervos », qui voudrait dire chêne : la région était couverte d’une grande forêt de chênes, avec des prés humides, des étangs et des villages. En 1938, on y construit un premier petit réservoir, près de Champaubert. Mais les fortes pluies de 1955 montrent qu’il en faut un bien plus grand.

L'église de Champaubert au bord du lac du Der (photo).
L’église de Champaubert au bord du lac du Der. Photo : Renhour48, CC0, via Wikimedia Commons.

Trois villages doivent partir

Le grand lac va recouvrir trois villages : Chantecoq, Champaubert-aux-Bois et Nuisement-aux-Bois. Environ trois cents habitants doivent quitter leurs maisons, leurs fermes, leur école. Beaucoup ne veulent pas partir, et le projet est fortement contesté. Il faut aussi couper des forêts et faire disparaître des fermes et des étangs.

Le chantier commence en 1967 : des engins creusent, de longues digues de terre montent. Les villages sont rasés avant d’être recouverts. Le 3 janvier 1974, le lac est inauguré.

Le plus grand lac artificiel de France

Avec 48 kilomètres carrés, le lac du Der est le plus grand lac artificiel de France métropolitaine. Il peut contenir 350 millions de mètres cubes d’eau. Il fonctionne comme un poumon : en hiver et au printemps, il se remplit avec l’eau de la Marne, pour retenir les crues ; en été et en automne, il rend de l’eau aux rivières, quand elles en manquent. Quand le niveau baisse, de grandes plages de vase apparaissent sur les bords. Ces vasières attirent des milliers d’oiseaux.

Ce qu’on a pu sauver

Tout n’a pas disparu. À Champaubert, l’église, construite un peu en hauteur, est la seule partie du village sauvée des eaux. Le dernier maire et quelques habitants se sont battus pour la garder. Aujourd’hui, elle se dresse au bout d’une presqu’île, protégée par une digue de rochers, et elle semble veiller sur le lac.

À Nuisement, l’église était en pans de bois, vieille des XVIe et XVIIe siècles. Plutôt que de la perdre, on a décidé de la démonter. Chaque poutre a reçu un numéro, puis l’église a été remontée comme avant, un peu plus loin, à Sainte-Marie-du-Lac. En décembre 1970, le coq retrouve sa place en haut du clocher. Le journal local raconte qu’avant le démontage, les derniers habitants ont tenu à sonner la cloche une dernière fois.

Avec l’église, on a aussi remonté la mairie-école, la maison du forgeron et un pigeonnier. Ensemble, ils forment le Village Musée du Der, où l’on découvre comment on vivait dans la région vers 1900. Et de Chantecoq, il reste une petite colline boisée : c’est aujourd’hui la seule île du lac, l’île de Chantecoq.

Le royaume des grues cendrées

Dès la mise en eau du lac, au milieu des années 1970, de grands oiseaux gris arrivent : les grues cendrées, au cou noir et blanc et à la petite tache rouge sur la tête. Elles voyagent chaque année du nord de l’Europe jusqu’en Espagne, et le lac du Der devient l’une de leurs plus grandes haltes. Entre 200 000 et 350 000 grues y passent chaque année.

D’octobre à mars, elles passent la nuit par milliers sur les îlots du lac, de petits bancs de terre au milieu de l’eau, à l’abri, et se nourrissent le jour dans les champs et les prairies alentour, de maïs et de glands. Des bénévoles les comptent à l’aube, avec des jumelles et des compteurs à main. Le 3 novembre 2019, ils en ont compté 268 000 en même temps : un record. Le record précédent, 206 582 grues le 11 novembre 2014, était déjà un record d’Europe. Là où il y avait trois villages, il y a aujourd’hui l’un des plus grands rendez-vous d’oiseaux d’Europe.

Vrai ou légende : un clocher sort-il de l’eau ?

C’est une légende. On entend souvent qu’au lac du Der, on voit le clocher d’un village englouti sortir des vagues. En réalité, l’église qu’on voit au bord de l’eau est celle de Champaubert, et elle n’a jamais été sous l’eau : elle était sur une petite butte, et une digue de rochers la protège. Les villages, eux, ont été rasés avant la mise en eau. Il n’en reste que des traces au fond, que l’on ne voyait que lorsque le lac était entièrement vidé, comme en 2003. Depuis 2007, la vidange complète n’est plus obligatoire, et il est interdit de marcher sur ces restes.

Lac du Der : bateau (photo)
Lac du Der : bateau. Photo : Gzen92, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Si tu y vas : que voir au lac du Der en famille

  1. L’église de Champaubert. Marchez jusqu’au bout de la presqu’île pour la voir de près, entourée d’eau.
  2. Le Village Musée du Der. Entrez dans l’église en bois remontée pièce par pièce, puis dans la mairie-école et la maison du forgeron.
  3. Les grues cendrées. D’octobre à mars, venez à l’aube ou au coucher du soleil : c’est le moment où elles quittent les îlots ou y reviennent par milliers.

Visiter le lac du Der avec des enfants

Avant la visite, racontez aux enfants l’histoire de Paris sous l’eau en 1910 : ils comprendront pourquoi ce lac existe. Au Village Musée, proposez-leur de chercher les traces du démontage dans la charpente de l’église. Pour les grues, emportez des jumelles, des vêtements chauds, et apprenez-leur à reconnaître leur cri qui roule, « krou-krou ». Un jeu simple : compter les grues d’un seul V, puis imaginer qu’il en faudrait des milliers pour atteindre le record.

Infos pratiques

  • Où : le lac du Der-Chantecoq, entre la Marne et la Haute-Marne, à environ 190 km de Paris, autour de Giffaumont-Champaubert et de Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement.
  • Meilleure saison pour les grues : d’octobre à mars.
  • Prix et horaires : ceux du Village Musée du Der sont à vérifier sur le site de l’office de tourisme du lac du Der avant la visite.

Questions fréquentes

Pourquoi a-t-on créé le lac du Der ?

Pour protéger Paris des crues de la Seine, comme celles de 1910 et 1924. Le lac retient l’eau de la Marne en hiver et au printemps, puis la rend aux rivières en été.

Quels villages ont été engloutis par le lac du Der ?

Trois villages : Chantecoq, Champaubert-aux-Bois et Nuisement-aux-Bois. Environ trois cents habitants ont dû partir.

Voit-on un clocher sortir de l’eau au lac du Der ?

Non, c’est une légende. L’église de Champaubert, au bord du lac, n’a jamais été sous l’eau : elle est restée sur sa butte, protégée par une digue de rochers.

Où voir l’église de Champaubert ?

Au bout d’une presqu’île du lac du Der, près de Giffaumont-Champaubert. On peut s’en approcher à pied.

Quand voir les grues cendrées au lac du Der ?

D’octobre à mars, de préférence à l’aube ou au coucher du soleil. Le 3 novembre 2019, plus de 268 000 grues y ont été comptées en même temps.

Quelle est la superficie du lac du Der ?

48 kilomètres carrés : c’est le plus grand lac artificiel de France métropolitaine. Il peut contenir 350 millions de mètres cubes d’eau.

Sources

À lire aussi

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