Histoires de France

Haut-Kœnigsbourg : l’histoire vraie du château reconstruit

Tout en haut d'une montagne d'Alsace, au-dessus des sapins, un château fort en grès rose semble sortir tout droit du Moyen Âge. Pourtant, il y a un peu plus de 120 ans, ce n'était qu'une…

Auteur
Steve
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9 min
Haut-Kœnigsbourg et Marin : couverture de l’épisode 4, le château offert à un empereur.
Au sommaire 13 sections
  1. Un château pour surveiller les routes
  2. 1633 : le siège, l'incendie et 250 ans de silence
  3. Un drôle de cadeau pour un empereur
  4. L'architecte détective
  5. Vrai ou légende ?
  6. La grande fête sous la pluie
  7. Le Haut-Kœnigsbourg aujourd'hui
  8. Si tu y vas : que faire au Haut-Kœnigsbourg en famille ?
  9. Visiter avec des enfants
  10. Infos pratiques
  11. Questions fréquentes
  12. Sources
  13. À lire aussi
Timbre du secret n°4 : Haut-Kœnigsbourg
N°4Haut-Kœnigsbourg

La Carte aux cent secrets · secret n°4

Quatrième tampon : Haut-Kœnigsbourg !

4 / 100 secrets tamponnés

La Carte aux cent secrets, épisode 4 : Haut-Kœnigsbourg : le château en ruine offert à un empereur

Tout en haut d’une montagne d’Alsace, au-dessus des sapins, un château fort en grès rose semble sortir tout droit du Moyen Âge. Pourtant, il y a un peu plus de 120 ans, ce n’était qu’une ruine envahie par les arbres. Comment l’a-t-on reconstruit, alors que plus personne ne l’avait vu en entier ? Voici l’histoire vraie du Haut-Kœnigsbourg, et ce qu’il faut y voir quand on y va en famille.

https://www.youtube.com/watch?v=MEfBAEcQvMU

En bref

Où : à Orschwiller, dans le Bas-Rhin (Alsace), à 757 m d’altitude, au-dessus de la plaine d’Alsace.

Le secret : le château est resté en ruine plus de 250 ans, puis il a été reconstruit de 1901 à 1908 pour l’empereur allemand Guillaume II.

À voir : les marques des tailleurs de pierre, le donjon carré, la salle du Kaiser, la fontaine de la cour basse, la vue du grand bastion.

Pour les enfants : chercher 8 marques différentes dans les pierres et faire le tour du donjon pour vérifier qu’il est carré.

Un château pour surveiller les routes

Le château est très ancien : on le trouve déjà dans un document de 1147. Il appartient alors à une famille puissante, les Hohenstaufen. Vers 1157, il prend le nom de Kœnigsbourg, qui veut dire « château du roi ».

Pourquoi l’avoir construit si haut ? Pour surveiller. Depuis son rocher, on voit passer deux grandes routes de marchands : la route du sel et de l’argent, d’est en ouest, et la route des céréales, du nord au sud. Celui qui tient le château contrôle les chariots qui passent en bas.

Plus tard, le château devient un repaire de chevaliers brigands qui attaquent les marchands. Alors, en 1462, les villes de la région s’unissent, montent jusqu’au château et le prennent. En 1479, une nouvelle famille, les Tierstein, le reconstruit pour les Habsbourg, avec des murs assez épais pour résister aux canons.

1633 : le siège, l’incendie et 250 ans de silence

Pendant la guerre de Trente Ans, en 1633, une armée suédoise encercle le château. Après 52 jours de siège, il est pris, pillé, puis il brûle.

Ensuite, plus personne ne le répare. Les toits s’effondrent, la forêt pousse dans les salles, le lierre grimpe sur les murs. Au début, ces ruines font un peu peur. Puis, au 19e siècle, elles deviennent à la mode : on vient s’y promener, les dessiner et rêver du Moyen Âge.

En 1862, la ruine est classée monument historique. En 1865, la ville voisine de Sélestat l’achète… mais elle n’a pas assez d’argent pour la reconstruire.

Un drôle de cadeau pour un empereur

Entre-temps, en 1871, après une guerre, l’Alsace est devenue allemande. Le 4 mai 1899, Sélestat fait un cadeau étonnant à l’empereur allemand Guillaume II : le château en ruine.

L’empereur veut un château complet, comme à la fin du Moyen Âge : un musée des chevaliers, mais aussi un symbole, pour montrer que l’Alsace est allemande. Il confie le chantier à un jeune architecte de Berlin, spécialiste des châteaux forts : Bodo Ebhardt.

L’architecte détective

Comment reconstruire un château que personne n’a vu en entier ? Bodo Ebhardt mène l’enquête, avec 4 indices :

  1. les pierres et les murs encore debout, triés un par un dans les décombres ;
  2. les vieux textes ;
  3. des photographies de toute la ruine ;
  4. d’autres châteaux forts de la même époque, visités pour comparer.

La première pierre est posée en 1901 et le chantier dure 8 ans. Les pierres viennent d’une carrière ouverte tout près, à l’Oedenburg. Pour les transporter, on fait venir une petite locomotive à vapeur de 5 tonnes, que les ouvriers surnomment Hilda. En janvier 1902, il a fallu 30 chevaux pour la monter depuis la gare de Sélestat !

Le chantier est très moderne : il a des grues électriques et de la lumière le soir, alors que les villages au pied de la montagne n’ont pas encore l’électricité. Selon les saisons, de 30 à plus de 200 ouvriers y travaillent, surtout des habitants des villages voisins.

Et voici le détail le plus malin : chaque pierre neuve porte une petite marque taillée, différente pour chaque année de travail, de 1901 à 1908. Le château garde ainsi, gravé dans ses murs, le calendrier de sa restauration : on sait ce qui est ancien et ce qui est neuf.

Vrai ou légende ?

« Le vrai donjon du Haut-Kœnigsbourg était rond. » C’est une légende. À l’époque du chantier, une vraie bagarre de savants éclate : Ebhardt reconstruit le donjon carré, et ses adversaires protestent, en s’appuyant sur une vieille gravure qui le dessinait rond. Selon le château, certains seraient même allés jusqu’à fabriquer de fausses preuves. Mais les pierres ne mentent pas : les fondations du donjon, qui datent du Moyen Âge, sont carrées. Le site officiel du château et le dossier historique de sa restauration le confirment. La leçon pour les petits détectives : un vieux dessin n’est pas toujours une preuve, il faut vérifier sur place.

La grande fête sous la pluie

En 1906, un grand aigle de métal est posé tout en haut du donjon. Au-dessus de la porte d’honneur, l’empereur fait sculpter ses armoiries, juste au-dessus de celles de Charles Quint, un autre empereur qui avait possédé le château bien avant lui.

Le 13 mai 1908, c’est l’inauguration : 500 figurants défilent en costumes du Moyen Âge… sous une pluie battante. Le défilé rejoue l’arrivée d’une famille de seigneurs, les Sickingen, au château en 1533. Les costumes ont été dessinés par l’artiste alsacien Léo Schnug, qui peint aussi la grande salle, la salle du Kaiser, avec un immense aigle au plafond. Le dessinateur alsacien Hansi, lui, s’est bien moqué de cette fête trempée.

Guillaume II vient voir le chantier chaque année, mais il n’a jamais habité le château, ni même dormi dedans.

Le Haut-Kœnigsbourg aujourd’hui

Après la Première Guerre mondiale, en 1919, l’Alsace redevient française et le château devient la propriété de l’État. Longtemps, on a critiqué cette restauration. Puis, en 1993, le château entier est classé monument historique. Depuis 2007, il appartient au département du Bas-Rhin, aujourd’hui la Collectivité européenne d’Alsace.

Près de 600 000 visiteurs viennent chaque année, du monde entier (596 709 en 2023). C’est l’un des châteaux payants les plus visités de France, derrière Versailles, Chambord et Chenonceau.

Dans la cour basse, regarde la fontaine : c’est la copie d’une fontaine du 15e siècle conservée à Eguisheim, le village rond de notre épisode précédent. Et le moulin à vent ? Une petite erreur de la restauration : il n’était pas là au Moyen Âge. Même les meilleurs détectives se trompent parfois.

Si tu y vas : que faire au Haut-Kœnigsbourg en famille ?

  • Chercher les marques des tailleurs de pierre : il y en a une pour chaque année du chantier. Essayez d’en trouver 8 différentes.
  • Faire le tour du donjon : vérifiez par vous-mêmes qu’il est bien carré.
  • Monter sur le grand bastion : de là-haut, on voit la plaine d’Alsace, les Vosges et d’autres châteaux sur les sommets voisins.
  • Lever les yeux dans la salle du Kaiser : l’aigle peint par Léo Schnug occupe tout le plafond.

Visiter avec des enfants

La visite se fait à pied, dans un château fort de montagne : de bonnes chaussures sont utiles. Avant d’y aller, regardez l’épisode ensemble, puis jouez aux détectives sur place : chaque marque trouvée dans une pierre est un indice du chantier de 1901 à 1908.

Infos pratiques

  • Adresse : château du Haut-Kœnigsbourg, Orschwiller (Bas-Rhin), à quelques kilomètres de Sélestat.
  • Horaires et tarifs : ils changent selon les saisons ; consultez le site officiel du château avant de partir : https://www.haut-koenigsbourg.fr/
  • En montagne : à 757 m d’altitude, il fait souvent plus frais que dans la plaine ; prévoyez un vêtement chaud.

Questions fréquentes

Pourquoi le Haut-Kœnigsbourg a-t-il été reconstruit ?

Après l’incendie de 1633, le château est resté en ruine plus de 250 ans. En 1899, Sélestat l’a offert à l’empereur Guillaume II, qui voulait un musée du Moyen Âge et un symbole de l’Alsace allemande. Il a été reconstruit de 1901 à 1908.

Qui a reconstruit le Haut-Kœnigsbourg ?

L’architecte berlinois Bodo Ebhardt, spécialiste des châteaux forts. Il a étudié les pierres restées en place, les vieux textes, des photographies de la ruine et d’autres châteaux de la même époque.

Le donjon du Haut-Kœnigsbourg était-il rond ou carré ?

Carré. Une vieille gravure le dessinait rond, mais ses fondations, qui datent du Moyen Âge, sont carrées.

Pourquoi s’appelle-t-il Kœnigsbourg ?

Le nom apparaît vers 1157 et veut dire « château du roi ».

Peut-on visiter le Haut-Kœnigsbourg avec des enfants ?

Oui. Le château plaît beaucoup aux enfants : un vrai château fort, un donjon, une vue immense. Le jeu des marques des tailleurs de pierre transforme la visite en enquête.

Sources

À lire aussi

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