Au sommaire 13 sections
- L'amphithéâtre romain de Metz, une arène géante
- La légende du Graoully et de saint Clément
- L'enquête : comment le serpent est devenu un dragon
- Un dragon de fête : processions, Rabelais et la crypte
- Et si c'était un fossile ?
- Le dragon de la rue Taison, accroché en 2007
- Vrai ou légende : la rue Taison doit-elle son nom à « Taisons-nous » ?
- Si tu y vas : où voir le Graoully à Metz en famille
- Visiter Metz avec des enfants sur les traces du dragon
- Infos pratiques
- Questions fréquentes
- Sources
- À lire aussi

La Carte aux cent secrets · secret n°7
Septième tampon : Metz !
7 / 100 secrets tamponnés
À Metz, en Lorraine, un grand dragon vert est suspendu au-dessus de la rue Taison. C’est le Graoully, le dragon de la légende de saint Clément. Mais si l’on remonte jusqu’aux plus vieux textes, on découvre une surprise : au début, il n’y avait même pas de dragon. Voici l’enquête, de l’arène romaine à la rue Taison.
En bref
Où : Metz, en Moselle (Lorraine, région Grand Est), à environ 130 km à l’ouest de Strasbourg.
La légende : selon la tradition, Clément, premier évêque de Metz, chasse un dragon qui vivait dans les ruines de l’amphithéâtre romain, en lui passant son étole autour du cou.
À voir : le Graoully de la rue Taison, celui de la crypte de la cathédrale, la statue de saint Clément au musée de La Cour d’Or.
Pour les enfants : compter les petits Graoully cachés dans la ville, de la cathédrale aux façades.
L’amphithéâtre romain de Metz, une arène géante
À l’époque romaine, Metz s’appelait Divodurum. Vers la fin du Ier siècle ou au début du IIe, on y construit un amphithéâtre : près de 150 mètres de long sur environ 125 de large. Les savants estiment qu’il pouvait accueillir 25 000 personnes, l’Inrap parle même d’environ 30 000 places. C’était l’un des plus grands de toute la Gaule.
À la fin du IIIe siècle, l’arène est délaissée. On vient y prendre des pierres pour construire ailleurs, et ses ruines finissent par disparaître. En 1902-1903, pendant les travaux de la nouvelle gare, des savants allemands la retrouvent : c’est la première grande fouille de sauvetage en ville en Lorraine. Plus récemment, en 2006-2007, en creusant le parking du Centre Pompidou-Metz, les archéologues de l’Inrap ont découvert tout un quartier romain à côté de l’arène : des pièces chauffées par le sol, des assiettes, des peignes en os.

La légende du Graoully et de saint Clément
Selon la légende, un énorme dragon, le Graoully, vivait dans les ruines de l’arène et faisait si peur que plus personne n’osait approcher de la ville. Arrive alors Clément, venu de Rome, considéré par la tradition comme le premier évêque de Metz. Sans arme, il passe son étole, une longue bande de tissu, autour du cou du dragon. Le Graoully le suit, doux comme un chien, jusqu’à la Seille, la rivière de Metz, et disparaît dans l’eau.
Le nom Graoully viendrait d’un vieux mot germanique, graulich, qui veut dire « monstrueux, effrayant ». Pour les gens du Moyen Âge, le dragon était surtout un symbole : celui des anciennes croyances, remplacées par le christianisme.
L’enquête : comment le serpent est devenu un dragon
Le plus étonnant apparaît quand on interroge les témoins dans l’ordre :
- Vers 783, le moine Paul Diacre écrit l’histoire des évêques de Metz. Il ne parle d’aucun dragon : il dit seulement que, dans l’arène où Clément a prié, aucun serpent ne peut vivre.
- Vers l’an mille, le récit raconte des serpents dans l’arène : Clément attache le plus grand avec son étole, le conduit au bord de la Seille et leur ordonne de quitter les terres habitées.
- Entre le XIe et le XVIe siècle, le serpent devient un énorme dragon. Plus tard encore, on lui donne des ailes de chauve-souris, du feu, et même sept petits.
Chaque fois qu’on la raconte, l’histoire grandit. C’est une belle leçon pour les enfants : pour savoir ce qui est vrai, on remonte jusqu’au plus vieux témoin.
Un dragon de fête : processions, Rabelais et la crypte
Les Messins ont adopté leur dragon. Un texte de 1105 montre déjà les reliques de saint Clément dans la procession de la Saint-Marc, et une grande effigie du Graoully est portée dans les processions pendant des siècles, jusqu’à la Révolution. En 1546, l’écrivain François Rabelais, qui vit alors à Metz, en parle dans son Quart Livre : il y décrit une autre effigie de fête, dont les grandes mâchoires claquent grâce à une petite corde cachée dans le bâton, « comme à Metz l’on fait du dragon de saint Clément ».
Le Graoully de la crypte de la cathédrale est une reproduction de 1864, mais sa tête de bois date du XVe siècle : elle a plus de cinq cents ans.
Et si c’était un fossile ?
En 1965, le chercheur André Bellard a comparé le dragon de Metz avec l’ichtyosaure, un grand reptile fossile dont on a trouvé des restes dans la région. Et si quelqu’un, autrefois, avait découvert une de ces grosses têtes de pierre ? C’est une hypothèse séduisante, mais personne ne peut la prouver.
Le dragon de la rue Taison, accroché en 2007
Le Graoully de la rue Taison n’est pas si ancien. En 2007, pour répondre aux commerçants, le maire demande à l’opéra-théâtre de Metz de fabriquer un dragon. Il devait rester suspendu quatre à six mois… et personne n’a jamais voulu le décrocher. Aujourd’hui, le Graoully est partout : sur les blasons de clubs sportifs de Metz. Le monstre est devenu une mascotte.
Vrai ou légende : la rue Taison doit-elle son nom à « Taisons-nous » ?
On raconte que Clément, en descendant vers l’arène, aurait fait taire la foule d’un « Taisons-nous ! », d’où le nom de la rue Taison. C’est une légende. Cette anecdote n’apparaît que dans les versions récentes de l’histoire. La rue s’appelait autrefois rue « Staixon » ou « Staxon », un nom qui vient du latin statio, un relais de poste sur la grande route romaine qui traversait la ville.

Si tu y vas : où voir le Graoully à Metz en famille
- Le Graoully de la rue Taison. Levez les yeux dans cette rue piétonne en pente, près de la cathédrale.
- La cathédrale Saint-Étienne et sa crypte. Surnommée la « lanterne du Bon Dieu », elle compte environ 6 500 m² de vitraux. Le vieux Graoully est suspendu dans la crypte (visite payante).
- Le musée de La Cour d’Or. Une sculpture du XVIe siècle montre saint Clément retenant le Graoully par son étole (salle 29).
Visiter Metz avec des enfants sur les traces du dragon
Faites-en un jeu de piste : le dragon de la rue Taison, le Graoully enchaîné au pied de saint Clément sur le portail de la Vierge de la cathédrale, puis la plus vieille sculpture connue du dragon, au 10 rue Chèvremont, sur la Maison au Serpent. Les enfants peuvent compter tous les dragons croisés en chemin.
Infos pratiques
- Adresse : cathédrale Saint-Étienne, place d’Armes, 57000 Metz ; rue Taison, à deux pas.
- Accès : le centre historique se visite à pied depuis la gare de Metz.
- Prix : la rue et la cathédrale sont libres d’accès ; la crypte se visite avec un billet (tarif à vérifier).
- Horaires : à vérifier sur les sites de la cathédrale et du musée de La Cour d’Or avant la visite.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Graoully ?
C’est le dragon de la légende de Metz. Selon la tradition, il vivait dans les ruines de l’amphithéâtre romain et fut chassé par saint Clément, premier évêque de la ville.
Quelle est la légende du Graoully ?
Clément passe son étole autour du cou du dragon et le conduit jusqu’à la Seille, où il disparaît. La plus vieille version, vers 783, dit seulement qu’aucun serpent ne peut vivre dans l’arène ; les serpents, puis le dragon, apparaissent plus tard.
Où voir le Graoully à Metz ?
Suspendu au-dessus de la rue Taison, dans la crypte de la cathédrale Saint-Étienne, sur ses portails, et au musée de La Cour d’Or.
D’où vient le nom Graoully ?
Il viendrait d’un mot germanique, graulich, qui signifie « monstrueux, effrayant ».
Pourquoi la rue Taison s’appelle-t-elle ainsi ?
Son nom vient du latin statio, un relais de la route romaine ; on disait autrefois rue « Staixon ». L’histoire du « Taisons-nous » de saint Clément est une légende.
Où était l’amphithéâtre romain de Metz ?
Dans l’actuel quartier de l’Amphithéâtre, près de la gare et du Centre Pompidou-Metz. Ses vestiges sont sous terre.
Sources
- Inrap, « À Metz, la fouille du quartier de l’amphithéâtre », 2007 : https://www.inrap.fr/metz-la-fouille-du-quartier-de-l-amphitheatre-4940
- Inrap, « Un quartier antique insoupçonné au cœur de Metz », 2006 : https://www.inrap.fr/un-quartier-antique-insoupconne-au-coeur-de-metz-4855
- J. Trapp, le grand amphithéâtre de Metz et la fouille de 1902-1903 : https://doi.org/10.4000/jgpy
- A. Bellard, « Le Graoully de Metz à la lumière de la paléontologie », Académie de Metz : http://hdl.handle.net/2042/34134
- Musée de La Cour d’Or, « Saint Clément et le Graoully » : https://musee.eurometropolemetz.eu/fr/medievales/saint-clement-et-le-graoully_-r.html
- Cathédrale de Metz, « Le Graoully : la légende du dragon de Metz » : https://www.cathedrale-metz.fr/blog/un-peu-d-histoire-5/le-graoully-la-legende-du-dragon-de-metz-4
- Ville de Metz, la cathédrale Saint-Étienne : https://metz.fr/lieux/lieu-42.php
- Le Républicain lorrain, le Graoully de la rue Taison, 2023 : https://www.republicain-lorrain.fr/culture-loisirs/2023/11/03/savez-vous-qui-a-accroche-le-graoully-de-la-rue-taison-a-metz
- Le Républicain lorrain, l’origine du nom de la rue Taison, 2023 : https://www.republicain-lorrain.fr/insolite/2023/07/26/savez-vous-pourquoi-la-rue-taison-s-appelle-ainsi
- Le Républicain lorrain, le Graoully de la crypte, 2024 : https://www.republicain-lorrain.fr/culture-loisirs/2024/01/05/savez-vous-a-quoi-sert-le-graoully-suspendu-dans-la-crypte-de-la-cathedrale
- Wikipédia, « Graoully », « Clément de Metz », « Amphithéâtre de Metz », et leurs références.
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