Histoires de France

Domrémy : la maison natale de Jeanne d’Arc, sauvée par un vieux soldat

Dans un petit village des Vosges, au bord de la Meuse, une maison de pierre au toit penché attire chaque année des milliers de visiteurs : c'est la maison natale de Jeanne d'Arc. Mais cette…

Auteur
Steve
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8 min
Marin, les bras écartés, protège la porte d'une petite maison de pierre (dessin).
Au sommaire 13 sections
  1. Domrémy, un village de frontière au bord de la Meuse
  2. L'enfance de Jeanne d'Arc à Domrémy
  3. 1429 : la fille de Domrémy part voir le roi
  4. La maison oubliée
  5. 1818 : le vieux soldat qui a dit non
  6. 1840 : l'une des premières maisons protégées de France
  7. Vrai ou légende : Jeanne d'Arc était-elle une pauvre bergère ?
  8. Si tu y vas : que voir à la maison natale de Jeanne d'Arc en famille
  9. Visiter Domrémy avec des enfants
  10. Infos pratiques
  11. Questions fréquentes
  12. Sources
  13. À lire aussi
Timbre du secret n°8 : Domrémy
N°8Domrémy

La Carte aux cent secrets · secret n°8

Huitième tampon : Domrémy !

8 / 100 secrets tamponnés

La Carte aux cent secrets, épisode 8 : Domrémy : la maison de Jeanne d’Arc sauvée par un soldat

Dans un petit village des Vosges, au bord de la Meuse, une maison de pierre au toit penché attire chaque année des milliers de visiteurs : c’est la maison natale de Jeanne d’Arc. Mais cette maison a failli disparaître. En 1818, un vieux soldat pauvre a refusé une fortune pour la garder en France. Voici la vraie enfance de Jeanne, et l’histoire de sa maison.

En bref

Où : Domrémy-la-Pucelle, dans les Vosges (Lorraine, région Grand Est), au bord de la Meuse, à environ 85 km au sud-ouest de Metz.

L’histoire : Jeanne y naît en 1412. Sa maison est achetée en 1818 par le département des Vosges, puis classée monument historique en 1840.

À voir : la maison natale et son jardin, la porte aux armoiries de 1481, le centre « Visages de Jehanne ».

Pour les enfants : trouver les deux mots gravés au-dessus de la porte.

Domrémy, un village de frontière au bord de la Meuse

Au début du XVe siècle, Domrémy est un petit village au bord de la Meuse. La rivière sert alors de frontière entre le duché de Bar et le duché de Lorraine. C’est une époque de guerre : la longue guerre entre la France et l’Angleterre, et les Bourguignons alliés des Anglais. Quand des soldats rôdent, les habitants mettent leurs bêtes à l’abri dans le château de l’Isle, sur une île de la rivière, que le père de Jeanne loue avec d’autres villageois.

La maison natale de Jeanne d'Arc à Domrémy-la-Pucelle (photo).
La maison natale de Jeanne d’Arc à Domrémy-la-Pucelle. Photo : Arnaud 25, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

L’enfance de Jeanne d’Arc à Domrémy

Jeanne naît en 1412, en janvier selon l’historienne Colette Beaune. Son père, Jacques d’Arc, est un laboureur, c’est-à-dire un paysan aisé qui possède des terres, des animaux et une charrue. C’est aussi un notable, qui représente plusieurs fois les villageois. Sa mère, Isabelle Rommée, vient de Vouthon, un village voisin, d’une famille sans doute un peu plus aisée et plus instruite que celle de son mari. Jeanne a quatre frères et sœurs : Jacquemin, Catherine, Jean et Pierre. La famille cultive un domaine d’environ vingt hectares, et sa maison a un étage, ce qui montre son rang.

Jeanne aide à la maison. À son procès, elle racontera avoir appris à filer et à coudre, et qu’elle ne craignait aucune femme de Rouen pour cela. Vers l’âge de treize ans, dans le jardin de son père, elle dit avoir entendu des voix qui lui confient une mission : aider le dauphin à devenir roi.

1429 : la fille de Domrémy part voir le roi

En février 1429, à dix-sept ans, Jeanne part de Vaucouleurs avec une petite escorte. Après onze jours de voyage en plein hiver, elle arrive à Chinon, auprès du dauphin. Au printemps, elle aide à libérer Orléans, et le 17 juillet 1429, le dauphin est sacré roi à Reims sous le nom de Charles VII. Son histoire est courte : faite prisonnière en 1430, elle meurt à Rouen en 1431, à dix-neuf ans. En 1456, un nouveau procès la déclare innocente.

La maison oubliée

La maison reste à la famille d’Arc jusqu’au XVIe siècle, puis change plusieurs fois de propriétaire. Au XVIIIe siècle, l’eau d’un ruisseau détourné la rend inhabitable : elle sert de remise. Vers 1815, des visiteurs étrangers passent à Domrémy et veulent tous un souvenir de Jeanne : une pierre, un caillou, et même des brins d’herbe arrachés au mur.

1818 : le vieux soldat qui a dit non

Un riche comte étranger, prussien selon les récits de l’époque, va plus loin : il veut acheter toute la maison pour la démonter pierre par pierre et la reconstruire sur ses terres. Il offre 6 000 francs (environ 30 000 € d’aujourd’hui). Le propriétaire, Nicolas Gérardin, est un ancien soldat blessé en défendant la France, pauvre et chargé d’une famille nombreuse. Il refuse.

Le 20 juin 1818, il vend la maison au département des Vosges pour 2 500 francs (environ 13 000 € d’aujourd’hui), moins de la moitié de l’offre du comte, à une seule condition écrite dans l’acte : en rester le gardien tant qu’il vivra. Le roi Louis XVIII approuve l’achat, Gérardin reçoit la Légion d’honneur, et la ville d’Orléans fait frapper une médaille en son honneur.

1840 : l’une des premières maisons protégées de France

L’ingénieur du département, Prosper Jollois, restaure la maison, fait abattre les constructions collées autour pour la mettre en valeur dans un jardin, et fait ouvrir une école gratuite pour les filles de Domrémy et des villages voisins. En 1840, sur proposition de Prosper Mérimée, la maison entre dans la toute première liste des monuments historiques de France. Sa fiche officielle indique : « maison de femme célèbre ». Elle n’est pas protégée pour ses murs, mais pour la personne qui y est née.

Au-dessus de la porte, un arc sculpté en 1481 montre les armoiries de la famille, avec deux mots gravés : « Vive labeur », c’est-à-dire « vive le travail ». Dans une niche, une petite statue de Jeanne agenouillée rappelle que l’on vient ici depuis des siècles pour se souvenir d’elle. Pour les historiens, ce sauvetage marque le moment où Jeanne entre vraiment dans l’histoire du patrimoine français : la maison d’une fille de paysans devient un monument au même titre qu’une cathédrale.

Vrai ou légende : Jeanne d’Arc était-elle une pauvre bergère ?

C’est une légende. Jeanne n’était pas pauvre : ses parents étaient des laboureurs aisés, propriétaires de terres et d’animaux. Elle n’était pas non plus bergère de métier : comme les autres enfants du village, elle gardait parfois les bêtes à tour de rôle, mais à son procès elle explique qu’en grandissant elle ne les gardait pas d’habitude, et qu’elle filait et cousait. L’image de la « pauvre bergère » est née très tôt : elle servait à montrer qu’une simple fille des champs avait sauvé le royaume.

Domrémy : porte (photo)
Domrémy : porte. Photo : , Public domain, via Wikimedia Commons.

Si tu y vas : que voir à la maison natale de Jeanne d’Arc en famille

  1. La maison natale et son jardin. La petite maison au toit penché se visite, juste à côté de l’église du village.
  2. La porte. Cherchez les armoiries de 1481 et les deux mots « Vive labeur ».
  3. Le centre « Visages de Jehanne ». Réaménagé en 2020, il montre comment, au fil des siècles, chacun a imaginé le visage de Jeanne, que personne ne connaît vraiment.

Visiter Domrémy avec des enfants

La visite de la maison est courte et facile pour les plus jeunes. Racontez-leur l’histoire de Nicolas Gérardin devant la porte, puis laissez-les chercher les deux mots gravés. Au centre « Visages de Jehanne », un jeu simple : choisir le portrait qu’ils préfèrent, et se demander pourquoi ils sont tous différents.

Infos pratiques

  • Adresse : site de la maison natale de Jeanne d’Arc, 2 rue de la Basilique, 88630 Domrémy-la-Pucelle.
  • Accès : en voiture par l’autoroute A31 (sorties Bulgnéville ou Châtenois), puis la vallée de la Meuse.
  • Prix et horaires : à vérifier sur le site officiel de la maison natale avant la visite (le site ferme certains jours).

Questions fréquentes

Où est née Jeanne d’Arc ?

À Domrémy, aujourd’hui Domrémy-la-Pucelle, dans les Vosges, en 1412, dans la maison familiale au bord de la Meuse.

Jeanne d’Arc était-elle bergère ?

Pas vraiment. Elle était la fille de paysans aisés ; elle gardait parfois les bêtes à tour de rôle, mais elle filait et cousait surtout. La « pauvre bergère » est une légende.

Que voir à la maison natale de Jeanne d’Arc ?

La maison et son jardin, la porte aux armoiries de 1481 avec l’inscription « Vive labeur », et le centre « Visages de Jehanne ».

Pourquoi la maison a-t-elle été achetée par les Vosges en 1818 ?

Parce que son propriétaire, Nicolas Gérardin, a refusé de la vendre à un comte étranger qui voulait la démonter. Il l’a cédée au département pour 2 500 francs (environ 13 000 € d’aujourd’hui), à condition d’en rester le gardien.

Quand la maison a-t-elle été classée monument historique ?

En 1840, dans la toute première liste des monuments historiques de France, comme « maison de femme célèbre ».

Qui a sauvé la maison natale de Jeanne d’Arc ?

Nicolas Gérardin, un ancien soldat pauvre, qui a refusé 6 000 francs (environ 30 000 € d’aujourd’hui) d’un comte étranger et l’a vendue au département des Vosges pour 2 500 francs (environ 13 000 € d’aujourd’hui) en 1818. L’ingénieur Prosper Jollois l’a ensuite restaurée.

Sources

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