Au sommaire 13 sections
- Le mur païen : 10 km de pierres sans ciment
- La queue d'aronde : des pierres qui se tiennent la main
- Qui a construit le mur païen ? Les suspects
- Le témoin en bois : ce que disent les cernes des arbres
- Sainte Odile, la fille du duc
- Le mystère de la bibliothèque du couvent
- Vrai ou légende : le mur a-t-il été construit par les Celtes ?
- Si tu y vas : que voir au mont Sainte-Odile en famille
- Visiter le mont Sainte-Odile avec des enfants
- Infos pratiques
- Questions fréquentes
- Sources
- À lire aussi

La Carte aux cent secrets · secret n°5
Cinquième tampon : Mont Sainte-Odile !
5 / 100 secrets tamponnés
Au-dessus de la plaine d’Alsace, le mont Sainte-Odile est connu pour son couvent perché sur un rocher et pour sa grande terrasse. Mais dans la forêt qui l’entoure se cache une énigme que les savants n’ont toujours pas résolue : un mur de pierres d’environ dix kilomètres, le mur païen. Qui l’a construit, quand, et pourquoi ? Voici l’enquête, indice par indice, et ce qu’il faut voir au mont Sainte-Odile quand on y va en famille.
En bref
Où : le mont Sainte-Odile, montagne des Vosges de 764 m, à Ottrott, dans le Bas-Rhin (Alsace, région Grand Est), à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Strasbourg.
L’énigme : un mur d’environ 10 km fait le tour du sommet. Une partie a été construite ou réparée entre 675 et 681, mais personne ne sait encore avec certitude quand il a été bâti pour la première fois.
À voir : la terrasse panoramique, le sentier du mur païen, la source Sainte-Odile.
Pour les enfants : trouver une encoche en forme de queue d’hirondelle sur un bloc du mur.
Le mur païen : 10 km de pierres sans ciment
Le mur païen fait le tour du plateau du mont Sainte-Odile sur environ dix kilomètres. Par endroits, il monte encore jusqu’à trois mètres de haut, et il est épais d’un mètre soixante à un mètre quatre-vingts. Les archéologues estiment qu’il compte plus de 200 000 blocs de grès, extraits sur place.
Le plus étonnant, c’est qu’il n’y a pas une goutte de ciment entre ces blocs. Les pierres tiennent par leur poids. Mais si l’on regarde bien le dessus des blocs, on découvre des encoches taillées dans la pierre, toutes de la même forme : deux trapèzes réunis par leur petit côté, comme un nœud papillon.

La queue d’aronde : des pierres qui se tiennent la main
Cette forme porte un joli nom : la queue d’aronde. « Aronde » est un vieux mot qui veut dire hirondelle : l’encoche a la forme de la queue fourchue de l’oiseau. Sur le mur, deux encoches se faisaient face, d’un bloc à l’autre, et l’on y glissait une petite pièce de bois de chêne de la même forme, un tenon, d’une vingtaine de centimètres. Ainsi, deux blocs voisins se tenaient comme par la main.
Le bois, normalement, ne dure pas des siècles dehors. Pourtant, au XIXe siècle, des chercheurs qui fouillaient le mur ont retrouvé des tenons encore en place. Une centaine sont parvenus jusqu’à nous. Et ce sont eux, les meilleurs témoins de l’enquête.
Qui a construit le mur païen ? Les suspects
Pendant longtemps, chacun avait son suspect.
- Des peuples très anciens ? Dans les années 1970, un archéologue trouve sous une partie du mur des morceaux de poterie de l’âge du bronze.
- Les Romains ? En 1995, on découvre près du mur deux pièces de monnaie romaines. Mais une pièce peut tomber dans la terre bien après avoir été fabriquée.
- Le Moyen Âge ? Au Moyen Âge, on l’appelait déjà le « mur païen », un nom que l’on donnait aux vieux murs qu’on croyait bâtis par des peuples très anciens.
Le témoin en bois : ce que disent les cernes des arbres
Chaque année, un arbre fabrique un nouvel anneau de bois : un cerne. Les bonnes années, le cerne est large ; les années difficiles, il est fin. Ces anneaux dessinent une sorte de code-barres. En le comparant avec celui de bois déjà datés, les spécialistes de la dendrochronologie retrouvent l’année où un arbre a été coupé.
Quarante-six tenons du mur païen ont été analysés ainsi. Vingt-deux ont pu être datés, et le résultat a surpris tout le monde : leur bois a été coupé et utilisé entre 675 et 681. Ces dates tombent à l’époque du duc d’Alsace Adalric, aussi appelé Etichon, à qui appartenait alors la montagne.
Sainte Odile, la fille du duc
Le duc Adalric avait une fille, Odile, née vers 660 et morte vers 720. Selon la légende, Odile serait née aveugle, aurait grandi loin de chez elle dans un monastère et aurait retrouvé la vue le jour de son baptême. Cette histoire vient d’une « Vie de sainte Odile » écrite vers l’an 900, environ deux siècles plus tard, à une époque où l’on mélangeait souvent les faits et les merveilles.
Ce que l’on sait, c’est qu’Odile devient abbesse du monastère de Hohenbourg, au sommet de la montagne. Selon le vieux récit, jusqu’à 130 religieuses y vivent. On raconte aussi qu’elle pense aux malades qui ont du mal à grimper : elle fait construire un second monastère au pied de la montagne, Niedermünster, le « monastère d’en bas ». En 1946, Odile est proclamée patronne de l’Alsace.
Le mystère de la bibliothèque du couvent
Le mont Sainte-Odile a connu une autre vraie enquête, bien plus récente. Entre août 2000 et mai 2002, plus de mille livres anciens disparaissent de la bibliothèque du couvent, sans aucune serrure cassée. On ferme à double tour, on change les serrures : les livres continuent de disparaître. Les gendarmes relèvent de petits bouts de cuir tombés des reliures, puis cachent de petites caméras.
La solution était digne d’un roman : le fond d’une armoire de la bibliothèque s’ouvrait sur une pièce sans fenêtre que tout le monde avait oubliée, reliée au grenier par une trappe et une échelle de corde. Le voleur l’avait découverte en lisant un article d’archéologie. Le 19 mai 2002, les gendarmes l’arrêtent. Tous les livres sont retrouvés, dont des incunables, imprimés avant 1501. Il demande pardon, et le mont Sainte-Odile lui pardonne.
Vrai ou légende : le mur a-t-il été construit par les Celtes ?
On le lit souvent : « le mur païen a été construit par les Celtes il y a plus de 2 000 ans ». Nous avons mené l’enquête avec les trois questions du détective : qui le dit ? les autres sont-ils d’accord ? où est la preuve ?
Les tenons datés disent 675-681, bien après les Celtes. Mais ils viennent tous d’un même tronçon d’environ deux kilomètres, qui a peut-être seulement été réparé à cette époque. Et au Frankenbourg, à une quinzaine de kilomètres, un mur jumeau construit de la même façon porte une seconde construction de l’époque romaine : il serait donc plus ancien. Défense, lieu sacré ou refuge pour les gens de la plaine ? Verdict : on ne sait pas. Le débat reste ouvert, et c’est une belle leçon à partager avec les enfants : quand les indices ne sont pas d’accord, on le dit, et on continue de chercher.

Si tu y vas : que voir au mont Sainte-Odile en famille
- La terrasse panoramique. Par temps clair, on voit toute la plaine d’Alsace, la Forêt-Noire de l’autre côté du Rhin et, au loin, la flèche de la cathédrale de Strasbourg.
- Le sentier du mur païen. Des sentiers balisés longent le mur dans la forêt. Le jeu des enfants : trouver une encoche en queue d’aronde sur le dessus d’un bloc.
- La source Sainte-Odile. À environ quinze minutes à pied en contrebas du couvent. Selon la légende, Odile l’aurait fait jaillir d’un coup de bâton.
Visiter le mont Sainte-Odile avec des enfants
Le couvent et la terrasse se visitent facilement, mais les sentiers du mur ne sont pas adaptés aux poussettes : prévoyez de bonnes chaussures. Comptez environ deux heures pour le couvent et la terrasse, et une demi-journée si vous suivez une partie du mur païen. Le matin tôt ou en semaine, il y a moins de monde.
Infos pratiques
- Adresse : mont Sainte-Odile, 67530 Ottrott (Bas-Rhin).
- Accès : en voiture par la route en lacets depuis Ottrott ou Obernai ; à pied par les sentiers balisés.
- Prix : l’accès au site est libre ; le parking peut être payant (vérifiez avant de partir).
- Horaires et événements : à vérifier sur le site officiel du sanctuaire avant la visite.
Questions fréquentes
Qui a construit le mur païen du mont Sainte-Odile ?
On ne le sait pas avec certitude. Une partie du mur a été construite ou réparée entre 675 et 681, d’après les tenons en bois datés par leurs cernes, mais un mur jumeau voisin semble plus ancien. Les archéologues débattent encore.
Quelle est la longueur du mur païen ?
Environ dix kilomètres. Il fait le tour du plateau du mont Sainte-Odile et atteint par endroits trois mètres de haut.
Pourquoi l’appelle-t-on « mur païen » ?
Depuis le Moyen Âge, on appelait « mur païen » les vieux murs que l’on croyait construits par des peuples très anciens.
Qui était sainte Odile ?
La fille du duc d’Alsace Adalric, née vers 660 et morte vers 720, abbesse du monastère de Hohenbourg. Elle a été proclamée patronne de l’Alsace en 1946.
Que voir au mont Sainte-Odile avec des enfants ?
La terrasse panoramique, une partie du sentier du mur païen pour chercher les encoches en queue d’aronde, et la source Sainte-Odile, à quinze minutes à pied.
Où se trouve la source Sainte-Odile ?
En contrebas du couvent, à environ quinze minutes à pied, au pied d’un rocher.
Sources
- M. Châtelet et J. Baudoux, « Le Mur païen du Mont Sainte-Odile en Alsace : un ouvrage du haut Moyen Âge ? », 2016, HAL : https://hal.science/hal-01717131
- W. Tegel et B. Muigg, datation dendrochronologique des tenons du mur païen, 2015 : https://www.academia.edu/36183814/
- O. Buchsenschutz et S. Fichtl, « Le mur païen du Mont-Sainte-Odile, une fortification énigmatique », 1995, Persée : https://www.persee.fr/doc/afeaf_1624-6349_1995_num_13_1_1544
- Université de Strasbourg, UMR Archimède, le Frankenbourg à Neubois : https://archimede.unistra.fr/activites-de-recherche/chantiers-et-missions-archeologiques/le-frankenbourg-a-neubois-67-resp-c-feliu/
- Dernières Nouvelles d’Alsace, 1er avril 2025 : https://www.dna.fr/culture-loisirs/2025/04/01/le-mystere-demeure-autour-du-mur-paien-du-mont-sainte-odile-etonnante-construction-de-10-km-de-long
- Inrap, les méthodes de datation : https://www.inrap.fr/magazine/decouverte-de-larcheologie/des-sciences-au-service-dune-discipline/les-methodes-de-datation
- Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace, « Odile (sainte) » : https://www.alsace-histoire.org/netdba/odile-odilia-ottilia-sainte/
- Le Républicain lorrain, « Mystère à la bibliothèque », 2019 : https://www.republicain-lorrain.fr/faits-divers-justice/2019/12/04/mystere-a-la-bibliotheque
- Office de tourisme d’Obernai, le mont Sainte-Odile : https://www.tourisme-obernai.fr/Fr/Voir-faire/Autour-Obernai/Mont-Sainte-Odile.html
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