Au sommaire 14 sections
- Où se trouve Pérouges ?
- 1468 : la petite ville qui a dit non
- Une ville de tisserands qui se vide
- 1909 : « réparez ou démolissez »
- Le cri d'alarme d'un fils du village
- 1911 : un comité pour sauver chaque maison
- Vrai ou légende ?
- Que faire à Pérouges en famille ? 3 choses à ne pas manquer
- La galette de Pérouges, la gourmandise née en 1912
- Infos pratiques pour visiter Pérouges
- Questions fréquentes sur Pérouges
- Le prochain secret de la carte
- À lire aussi sur Découverte
- Sources
À une quarantaine de kilomètres de Lyon, sur une colline de l’Ain, Pérouges ressemble à un décor de film : des ruelles pavées, deux portes fortifiées, des maisons de pierre et un très vieux tilleul au milieu de la place. C’est l’un des villages médiévaux les plus célèbres près de Lyon, et selon la mairie, des centaines de milliers de visiteurs y viennent chaque année. Pourtant, en 1909, la vieille cité tombait en ruine et la mairie ordonnait aux propriétaires : réparez… ou démolissez. Voici comment un professeur, fils du village, et une poignée de Lyonnais l’ont sauvée, et ce qu’il faut faire sur place quand on y va en famille.

La Carte aux cent secrets · secret n°1
Premier tampon sur la carte : Pérouges, la ville qui a dit non deux fois !
1 / 100 secrets tamponnés
En bref
- Où : Pérouges, dans l’Ain (Auvergne-Rhône-Alpes), à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Lyon.
- Le secret : en 1909, la cité médiévale se vidait et ses maisons étaient démolies une à une. Un comité fondé à Lyon en 1911 l’a sauvée, maison par maison.
- À voir : la Porte d’En-Bas et son inscription moqueuse, le tilleul de la Liberté planté en 1792, la rue des Rondes au pied du rempart.
- Pour les enfants : compter les béquilles du tilleul, retrouver l’inscription au-dessus de la porte, goûter la galette de Pérouges.
Où se trouve Pérouges ?
Pérouges est une commune de l’Ain, posée sur une colline qui domine la plaine de l’Ain. Elle compte environ 1 400 habitants (1 387 selon l’INSEE, chiffre de 2023). La cité médiévale occupe le haut de la colline ; en bas se trouve la ville de Meximieux, avec la gare « Meximieux-Pérouges ». Depuis Lyon, on y arrive en une quarantaine de minutes.

1468 : la petite ville qui a dit non
Au XVe siècle, Pérouges n’est pas encore française : elle appartient à la Savoie depuis 1460. En 1468, des troupes venues du Dauphiné, alliées du roi Louis XI, tentent de la prendre. Elles échouent. Selon la tradition, les habitants auraient même utilisé les pierres prévues pour leur future église afin de boucher les brèches du rempart.

Pour les remercier, Philippe de Savoie leur accorde en août 1469 20 ans sans impôts. Et les Pérougiens se vengent avec humour. Au-dessus de la Porte d’En-Bas, une inscription raconte l’épisode à leur façon, en latin pour rire, avec des mots bien français déguisés en latin :
« Perogiae Perogiarum urbs imprenabilis. Delphinati voluerunt prehendere illam ast non potuerunt. Attamen importaverunt portas, gonds cum serris, et degringolaverunt cum illis. »
En français : « Pérouges des Pérougiens, ville imprenable. Les Dauphinois ont voulu la prendre, mais ils ne purent. Cependant, ils emportèrent les portes, les gonds et les ferrures, et dégringolèrent avec elles. » On lit parfois qu’elle se termine par « Que le diable les emporte » : la pierre elle-même s’arrête à « degringolaverunt cum illis ».
Pérouges ne devient française qu’en 1601.
Une ville de tisserands qui se vide
Pendant des siècles, Pérouges vit du tissage du chanvre. Au XIXe siècle, tout change. À Lyon, les métiers à tisser mécaniques remplacent le travail à la main. La nouvelle route et le chemin de fer passent en bas, loin de la colline. Les familles partent chercher du travail ailleurs.

Les recensements le montrent bien : selon les chiffres compilés par l’EHESS, la commune passe de 920 habitants en 1851 à 483 en 1911. Dans la vieille cité fortifiée, il n’en reste alors que 82, selon l’historienne Madeleine Rudigoz-Lassère, auteure d’une Histoire de Pérouges (2017). Les maisons vides s’abîment, les toits s’effondrent.
1909 : « réparez ou démolissez »
Au printemps 1909, selon la même historienne, un pan de mur s’écroule dans la rue du For et blesse des passants. Le 10 octobre 1909, la mairie prend un arrêté : les propriétaires des maisons en mauvais état doivent les restaurer ou les démolir. La plupart n’ont pas les moyens de réparer. Ils choisissent de démolir et vendent les pierres. Le vieux Pérouges commence à disparaître, maison après maison.

Le cri d’alarme d’un fils du village
C’est là qu’entre en scène Anthelme Thibaut. Il est professeur à Lyon, mais il vient d’une famille de Pérouges : son père, Francisque Thibaut, ancien charpentier, a écrit en 1903 une Histoire de Pérouges. Anthelme ne supporte pas de voir son village tomber sous les pioches.

Il publie dans le journal Lyon Républicain un article au titre choc : « Le Vieux Pérouges sous le pic des démolisseurs ». Le Comité de Pérouges date cet article du 6 janvier 1911, l’historienne Madeleine Rudigoz-Lassère du 6 janvier 1910 : on ne sait pas exactement laquelle des deux dates est la bonne. Un lecteur important lui répond : Édouard Herriot, le maire de Lyon.
1911 : un comité pour sauver chaque maison
Le 15 avril 1911, à Lyon, naît le Comité de défense et de conservation du Vieux Pérouges, présidé par Édouard Herriot. Son idée est simple et très concrète : ses membres rachètent ou louent les maisons menacées, souvent avec des baux de 99 ans, et les restaurent une par une.
Les résultats arrivent vite :
- 23 mai 1912 : la Porte d’En-Haut et la maison voisine sont classées monuments historiques. C’est la première protection officielle de la cité.
- 1912 : une vieille maison du village est restaurée et rouvre comme hostellerie. Marie-Louise Thibaut y prépare la galette de Pérouges.
- Années 1920 : le cinéma découvre Pérouges et vient y tourner des films de cape et d’épée.
- 1928 : le Comité est reconnu d’utilité publique. Peu à peu, presque toute la cité est protégée.
- Août 1988 : Pérouges entre dans l’association des Plus Beaux Villages de France.

Aujourd’hui, la commune compte de nouveau près de 1 400 habitants, surtout autour de la colline. La cité médiévale, elle, est toujours debout grâce à ceux qui ont dit non aux démolitions.
Vrai ou légende ?
Vrai ou légende ?
« En 1909, il ne restait que 8 habitants à Pérouges. »
À toi de jouer : qu’en penses-tu ?
Ce chiffre circule partout, mais aucune source ne le prouve. Les recensements compilés par l'EHESS donnent 536 habitants pour la commune en 1906 et 483 en 1911. Dans la vieille cité, il en restait 82 en 1911, selon l'historienne Madeleine Rudigoz-Lassère. C'est peu, mais c'est 10 fois plus que la légende !
Autre légende : Pérouges aurait été fondée par des Gaulois venus de Pérouse, en Italie. En réalité, l’origine du nom reste inconnue.
Les Shorts de l’épisode
1468 : la porte de Pérouges qui se moque de ses ennemis
8 habitants à Pérouges en 1909 ? L’erreur recopiée partout
1909 : Pérouges doit réparer… ou démolir
Que faire à Pérouges en famille ? 3 choses à ne pas manquer
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Photo : Benoît Prieur, CC0, Wikimedia Commons La Porte d’En-Bas et son inscription
Cherchez le texte en latin pour rire qui se moque des Dauphinois repartis avec les portes de la ville : « degringolaverunt », ils ont dégringolé ! Faites-le lire à voix haute aux enfants.
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Photo : Benoît Prieur, CC0, Wikimedia Commons Le tilleul de la Liberté, place du Tilleul
Il a été planté le 21 avril 1792. Son tronc est creux et ses grosses branches tiennent grâce à des béquilles : demandez aux enfants de les compter. C’est le seul arbre classé de tout le département de l’Ain.
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Photo : Espirat, CC0, Wikimedia Commons La rue des Rondes
Elle longe le rempart, classé dès 1921. C’est la plus belle balade pour imaginer la ville fortifiée de 1468.
Ne manquez pas non plus la Porte d’En-Haut, la première à avoir été classée en 1912, avec son vieux vantail de bois, ni la place du Tilleul, aussi appelée place de la Halle, où toutes les rues du village se rejoignent.
La galette de Pérouges, la gourmandise née en 1912
Impossible de repartir sans y goûter. La galette de Pérouges est une galette au sucre : une pâte levée parfumée au citron, recouverte de beurre et de sucre, puis dorée au four. Sa version actuelle remonte à 1912, quand Marie-Louise Thibaut la prépare dans l’hostellerie tout juste restaurée par le Comité. On la goûte au village : c’est le goûter parfait après la balade.

Infos pratiques pour visiter Pérouges
- Depuis Lyon : une quarantaine de kilomètres par la route, soit environ 40 à 45 minutes en voiture.
- En train : le TER relie Lyon Part-Dieu à la gare de Meximieux-Pérouges, au pied de la colline. Comptez ensuite environ 1,5 km à pied, en montée, jusqu’à la cité.
- Chaussures : les ruelles sont pavées de galets et ça monte. Prenez de bonnes chaussures et laissez la poussette lourde à la maison.
- Combien de temps : comptez une demi-journée pour faire le tour de la cité avec des enfants sans courir, goûter compris.
Questions fréquentes sur Pérouges
Dans l'Ain, en Auvergne-Rhône-Alpes, sur une colline au-dessus de Meximieux, à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Lyon. En voiture, comptez environ 40 à 45 minutes. En train, le TER va de Lyon Part-Dieu à la gare de Meximieux-Pérouges, au pied de la colline ; la cité est ensuite à environ 1,5 km à pied, en montée. Une demi-journée suffit pour faire le tour de la cité médiévale en famille, voir les deux portes et le tilleul, et goûter la galette. Lire l'inscription de la Porte d'En-Bas, compter les béquilles du tilleul de 1792, longer le rempart par la rue des Rondes, passer la Porte d'En-Haut et goûter la galette de Pérouges. Le Comité de défense et de conservation du Vieux Pérouges, fondé à Lyon le 15 avril 1911 et présidé par Édouard Herriot, maire de Lyon. Il est né de l'appel d'Anthelme Thibaut, professeur à Lyon et fils du village. Une galette au sucre faite d'une pâte levée au citron, de beurre et de sucre. Sa version actuelle date de 1912 et de Marie-Louise Thibaut. On la goûte sur place, au village.Où se trouve Pérouges ?
Comment aller à Pérouges depuis Lyon ?
Combien de temps faut-il pour visiter Pérouges ?
Que faire à Pérouges ?
Qui a sauvé Pérouges ?
Qu'est-ce que la galette de Pérouges ?
Le prochain secret de la carte
Sur la vieille carte de Marin, un nouveau point attend déjà, plus au nord-est. Il mène à une ville d’Alsace où un sculpteur a imaginé l’une des statues les plus célèbres du monde. Rendez-vous le 11 novembre pour le secret n°2.
À lire aussi sur Découverte
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Sources
- Mairie de Pérouges, « Historique »
- Comité de Pérouges, « Histoire » et « La Maison du Comité »
- INA, Lumières sur Rhône-Alpes, « La cité médiévale de Pérouges »
- Ministère de la Culture, base Mérimée, Porte d’En-Haut (PA00116518)
- Département de l’Ain, Patrimoines de l’Ain, « Pérouges »
- DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, fiche du tilleul de Pérouges (PDF)
- INSEE, commune de Pérouges (01290)
- Geneawiki, recensements de Pérouges
- Madeleine Rudigoz-Lassère, Histoire de Pérouges, L’Harmattan, 2017, cité par Wikipédia, « Pérouges » (82 habitants, mur de 1909, date de 1910)
- EHESS, base Cassini des recensements, reprise par Wikipédia (920, 536 et 483 habitants)
- SNCF, ligne TER Lyon Part-Dieu – Ambérieu, gare de Meximieux-Pérouges ; Office de tourisme de la Plaine de l’Ain
- Photos : Wikimedia Commons, Benoît Prieur et Espirat (CC0), Chabe01 (CC BY-SA 4.0). Dessins : La Carte aux cent secrets.




